Compte-rendu du séminaire de Copenhague


"Choix politiques, choix thérapeutiques." était le thème du séminaire que T3E a organisé à Copenhague (Danemark), les 26 et 27 septembre 2002. Il fût organisé en collaboration avec l´association des Psychologues travaillant dans le champ des addictions au Danemark ainsi que Vestsjællands Amts Misbrugscenter qui est le centre départemental de traitement des toxicomanes du département Sealland-ouest.

L´objectif de ce séminaire fût de discuter, entre professionnels du traitement des toxicomanes et politiciens, comment le thérapeutique et le politique étaient articulés ensemble dans les différents pays membres de la Communauté Européenne.

La question fût abordée de différentes façons.

Plusieurs intervenants choisirent de présenter la manière dont le traitement des toxicomanes était organisé dans leur région ou dans leur pays.

Fernanda Jorge, Mike Mc. Carron, Mila Ferri et Bent Jensen présentèrent ainsi respectivement la manière dont le traitement des toxicomanies était conçu et organisé dans les région de Porto (Portugal.), Glasgow (Ecosse), Emilie-Romagne (Italie) et Sealland-ouest (Danemark).

Susan Schardt, qui est consultante pour le gouvernement allemand, nous présenta la façon dont elle travaille pour instaurer et faciliter une collaboration effective entre différents services/institutions à travers le monde sur les bases du "modèle de Frankfort".

Dans une toute autre approche Preben Brandt, qui est le président de la commission ministérielle contre l´exclusion sociale, a parlé des perspectives et enjeux éthiques dans le traitement des toxicomanes qui font actuellement l'objet de débat au Danemark tel que l´utilisation de l´héroïne comme produit de "substitution", ou l´instauration de lieux d´injections.

Cette approche trouva son pendant dans l´intervention de Sophie Hæstorp Andersen qui est parlementaire Social démocrate au parlement danois et est chargée des affaires de santé. Celle-ci exposa l´état actuel des discussions politiques concernant les questions de traitement des toxicomanes, de réduction des risques etc. Outre l´éventualité de l'ouverture de lieux d´injection ou de l´utilisation d´héroïne, Sophie présenta le projet politique d´instauration d'une "garantie de traitement" qui impose aux départements de donner une proposition de traitement aux toxicomanes qui désirent se faire traiter dans un délai maximal de15 jours après leur demande (actuellement il y a des régions au Danemark avec des listes d´attente de presque 6 mois pour les toxicomanes qui désirent entrer en traitement).

Enfin, Philippe Lecorps, psychologue à Ecole Nationale de Santé Publique de Rennes (France) et Steffen Jöhncke anthropologue à l´Université de Copenhague, contribuèrent à élever la réflexion à un niveau plus théorique et discutèrent des limites intrinsèques des politiques de réduction de risques et des problèmes liés à la dépolitisation de la conception et du traitement des toxicomanies.

Pour animer les débats, de nombreuses personnes et personnalités furent invitées en tant que discutant, et leur commentaires furent, dans bien des cas, de la valeur d´une intervention. Entre autres "commentateurs à chaud" on se souviendra de Jørgen Jepsen ex-directeur du centre de recherche nationale sur la question des toxicomanie et dépendance, Jørgen Kjær président de l´association des usagers de drogue au Danemark, Frank Hedgaard élu au conseil municipal de Copenhague (liste socialiste) et Marguerite Woods Professeur à l´Université de Dublin

Le séminaire a également offert, après les séances, la possibilité de visiter le Centre de Brugerforeningen qui est l'Association des Toxicomanes à Copenhague ainsi que "la ville libre" de Christiania. L´intérêt fût principalement braqué sur "Pusher street" (la rue des dealers) où l´on peut acheter du hasch sous toutes formes (entre autres, bière et biscuits) et qualités, ainsi que des champignons hallucinogènes (mais pas de drogues dures, héroïne, cocaïne, amphétamines etc. qui sont absolument bannies de Christiania) dans une multitude de petites échoppes.

Durant le séminaire, Luis Patricio, le directeur du centre Taipas de Lisbonne (Portugal), nous annonça qu'il venait d'apprendre que la question des substances à utiliser pour le traitement de substitution devait prochainement faire l´objet d'un débat politique au Portugal. Quelques semaines plus tard, ce fût au tour de politiciens danois de faire des "propositions thérapeutiques" en soumettant une proposition de loi contraignant les toxicomanes à se faire traiter. Lors de la préparation de ce séminaire, nombre d´intervenants en toxicomanies danois me firent part qu´ils n´étaient pas convaincus que ce soit une bonne idée de "politiser" leur pratique thérapeutique ; en réponse, l'actualité prouva, une fois encore, que maints politiciens, eux, n´hésitent guère à "thérapeutiser" leurs choix politiques.

Eric Allouche (Correspondant T3E au Danemark)

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Visite de Brugerforeningen
"l'association des usagers" www.brugerforeningen.dk, avec de gauche à droite : Louis Renault (France), Eric Allouche (Danemark) , deux membres de Brugerforeningen, Jean-Pierre Demange (France) et Luis Patricio (Portugal).

 

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